Back

Les chroniques de la 13e

La vérité derrière le portrait

Qui se cache réellement derrière ce portrait fantomatique ?

Ces yeux sombres, ce visage exsangue, ces traits aiguisés… Il s’agit de nul autre qu’Anne Boleyn, seconde épouse d’Henri VIII, exécutée le 19 mai 1536 sur ordre de son mari, à la suite d’accusations d’adultère, d’inceste et de haute trahison. Après sa mort, Henri VIII déploya tous les moyens pour effacer sa mémoire. Exposons ce mensonge et décortiquons — pour une ultime fois — ce mystère.

Qui était-elle ?

Une femme intelligente et dévouée à une époque où les femmes devaient rester silencieuses : voilà qui elle était.

Anne Boleyn était cultivée et brillante. Élevée aux Pays-Bas et en France, elle était la fille de Thomas Boleyn (diplomate) et d’Elizabeth Howard (issue d’une famille de ducs). Elle raffolait de poésie, de musique et de débats religieux.

Son éducation exceptionnelle pour l’époque lui permettait de se démarquer des autres jeunes femmes de la cour. Bien qu’elle ait acquis une réputation frivole en raison de son goût pour la compagnie masculine et les jeux de séduction, elle était également marquée par son élégance et sa finesse.

Une histoire d’amour sanglante avec Henri VIII…

En Angleterre, Anne attire rapidement l’attention d’Henri VIII au début des années 1520. Sa présence faisait sensation : belle, intelligente, parlant le français, maîtrisant le latin et sachant se mettre en valeur. « Par nécessité, je dois m’assurer de cette réponse, ayant été il y a maintenant plus d’un an frappé par la flèche de l’amour, n’étant assuré ni de l’échec ni de trouver place dans votre cœur », écrivait Henri VIII.

Anne refuse cependant de devenir une simple maîtresse et ambitionne de devenir reine. Bien qu’encore marié à Catherine d’Aragon, incapable de lui donner l’héritier mâle tant désiré, le roi est éperdument épris d’Anne. Il tente alors de faire annuler son mariage auprès du pape, mais celui-ci refuse.

Face à ce refus, Henri VIII bouleverse l’histoire : il se proclame chef suprême de l’Église d’Angleterre, rejette l’autorité papale, fait annuler son mariage par un archevêque qu’il nomme lui-même et épouse secrètement Anne en janvier 1533. En mai 1533, l’archevêque déclare nul le mariage avec Catherine et valide celui avec Anne. Sans le savoir, la reine venait d’échanger opulence et amour contre un destin sanglant.

La fin d’une reine

En 1533, alors qu’elle est enceinte, Anne découvre qu’Henri VIII a pris une maîtresse. Elle lui reproche son comportement, mais il lui répond qu’elle doit « le supporter comme d’autres avant elle ». Leur relation se détériore rapidement. Anne donne naissance à Élisabeth Ire, future reine, mais fait ensuite une fausse couche. Henri, frustré de ne pas obtenir d’héritier mâle, se lasse.

C’est alors que Thomas Cromwell, principal ministre du roi, propose une solution. En avril 1536, après la naissance d’un fils mort-né, Cromwell piège Anne en lançant diverses rumeurs : elle aurait séduit plusieurs membres du conseil privé, y compris son propre frère, et comploté l’assassinat d’Henri pour épouser un amant.

Vingt-et-une accusations d’adultère sont portées contre elle. Le roi la déclare coupable. Aujourd’hui, la plupart des historiens s’accordent à dire que ces accusations étaient fausses.

Au revoir, Boleyn

Condamnée pour inceste, adultère et conspiration, Anne est déclarée coupable, et son mariage avec le roi est annulé. Niant chaque accusation, elle reste digne jusqu’au bout.

« Et si une personne s’intéresse à ma cause, je lui demande de juger pour le mieux. Sur ce, je prends mon congé du monde et de vous tous, et je vous demande du fond du cœur de prier pour moi. »
(Anne Boleyn, à la Tour de Londres, avant son exécution)

Le 19 mai 1536, Anne Boleyn est décapitée. Henri VIII attendra seulement onze jours avant d’épouser Jane Seymour, qui lui donnera enfin un fils, le futur Édouard VI.

La toile d’un regard d’outre-tombe

Le mystère autour du portrait d’Anne Boleyn intrigue encore : aucun portrait authentique n’a été conservé. Après son exécution, le roi aurait détruit toute trace de son existence. Les représentations actuelles reposent donc sur des interprétations et des hypothèses. Certains spécialistes pensent même que des portraits originaux existeraient encore, dissimulés sous d’autres identités.

Un spectre qui rôde encore

Malgré son destin tragique, plusieurs affirment l’apercevoir encore aujourd’hui. Son esprit hanterait la Tour de Londres, vêtu de blanc, tenant sa tête sous son bras. Au château de Hever (Kent), où elle a grandi, son spectre errerait dans les jardins de son enfance. À Blickling Hall (Norfolk), lieu supposé de sa naissance, certains disent l’avoir vue apparaître le 2 mai (date de son arrestation), dans un carrosse tiré par des chevaux sans tête, tenant elle-même sa tête.

Anne Boleyn demeure un pilier de l’histoire anglaise, symbole éternel du mystère monarchique. Force est d’admettre que nous ne connaîtrons jamais toute la vérité cachée derrière cette histoire… et derrière ce portrait.